Le carnet de l’aménageur
Un outil d’anticipation et de construction de l’avenir d’un territoire
La prospective territoriale a pour objet d’impulser une dynamique de réflexion appliquée à l’avenir d’un territoire. A ce titre, tout projet d’intervention sur un territoire s’effectue selon un programme défini à l’avance en faisant intervenir collectivement différents acteurs.
La prospective territoriale est un outil d’anticipation : Elle sert anticiper les changements pour mieux s’y préparer, pour mieux les accompagner. Elle cherche des réponses à trois types de questions :
- Que peut il advenir ? L’avenir est multiple et non déterminé à l’avance. La prospective s’appuie alors sur un diagnostic de territoire et une identification des enjeux futurs, pour mettre en évidence des futurs possibles à des échéances données. On parle alors de prospective exploratoire. Ce diagnostic doit s’appuyer sur le passé et le présent du territoire pour en fournir à tous une image réaliste et concrète. « La démarche vise donc à mettre en perspective les problèmes et les enjeux, leur donner une profondeur de champ que l’on n’a pas toujours quand on « colle » de trop près à l'événement. Et permettre le passage de l’anticipation à l’action ».
- Que voulons nous faire ? Quel territoire voulons nous à 20 ou à 30 ans ? C’est la prospective normative qui cherche à élaborer (collectivement et de façon partagée) un avenir voulu, « désiré » mais réaliste.
- Qu’est ce qui peut être fait, et comment le faire ? La réponse à ces questions relève de la stratégie, dont l’action se traduit par les moyens, les programmes, les projets entrepris pour parvenir à concrétiser l’avenir voulu.
Précision sémantique :
Les confusions sont fréquentes entre les différents exercices de réflexion sur l’avenir, qui permettent d’imaginer, de concevoir un projet territorial.
Prévision : Exercice qui prétend décrire, prévoir et dire ce qui va se passer sur des bases scientifiques.
Projection : Prolongement dans le futur de tendances passées.
La prospective, au contraire, dit ce qui devrait ou devrait être souhaitable pour l’avenir, elle ne prédit pas mais selon Michel Godet, la prospective a un double sens :
Elle relève d’une part de la « pro-activité » : anticiper et agir pour provoquer un changement souhaitable ;
Et d’autre part, de la « pré-activité » : se préparer à un changement anticipé, afin que l’action publique n’agisse pas dans l’urgence.
Un outil d’élaboration du projet de territoire
Le projet de territoire
L’exercice de prospective territoriale, outil d’élaboration d’un projet de territoire, peut devenir progressivement une référence pour l’action publique.
La faible croissance, le déclin, l’absence de visibilité de l’avenir et les multiples incertitudes, les facteurs d’évolution externes au territoire, les mutations profondes et les exigences croissantes des sociétés civiles locales forment un contexte qui impose de modifier les manières d’anticiper l’avenir.
Il s’agit de développer une capacité de réactivité des territoires pour conduire des programmes d’actions, de prendre les devants pour garder (ou arriver à atteindre) des positions « gagnantes », pour ne pas subir les conséquences des effets négatifs de certaines politiques et de freiner les dévitalisations.
Il s’agit d’élaborer une planification territoriale, d’en éclairer les choix stratégiques et de trouver en fonction des handicaps et atouts du territoire, les projets les plus cohérents.
La prospective est liée à la nécessité du projet. Elle est un ensemble d’outils et de méthodes pour penser le devenir d’un territoire en vue de le consolider ou de le développer. Sa visibilité apparaît plus facilement si elle est restituée dans le processus d’action territoriale.
Les différentes branches de la prospective territoriale
Elle peut occuper plusieurs moments dans son processus et peut prendre plusieurs formes à différentes échelles. A ce titre, il s’agit bien d’un outil qui peut se décliner de multiples façons : nous n’en citerons succinctement que quelques exemples. Ainsi, la prospective territoriale peut tout d’abord s’identifier selon :
- Son échelle territoriale : le territoire considéré est un élément évidemment essentiel pour effectuer une prospective territoriale. Or, selon le type d’action envisagé, certains cadres territoriaux s’appliquent préférentiellement. Citons les types d’échelles qui s’y appliquent et leurs exemples correspondants : mondiale, européenne, nationale, régionale, urbaine, « Pays », locale
Les échelles territoriales qui correspondent à des compétences et des pouvoirs réglementaires et politiques, comme la Région, sont privilégiées pour garantir la maîtrise d’ouvrage des projets envisagés.
- Son échelle de temps : par définition, on a vu que la prospective territoriale agit pour le présent mais surtout pour l’avenir, elle peut donc s’appliquer à court terme (moins de 2 ans, essentiellement pour les études prospectives au niveau local comme les délocalisations) ; à moyen terme (de 5 à 10 ans pour le niveau régional surtout) ; à long terme ( plus de 15 ans pour le niveau national comme pour les grandes infrastructures de transport) et à très long terme (au niveau mondial essentiellement). Toutefois, il est à noter que ses répercussions sur le territoire ne peuvent apparaître qu’avec un certain recul temporel, (il s’agit en effet d’une démarche très progressive qui nécessite une réactivité des territoires).
- Son objet, son thème : La prospective territoriale peut être purement théorique s’appuyant alors sur des scénarios utopistes ; géographique ou appliquée à différents secteurs comme ceux de : la démographie (ex : prospective du vieillissement des populations…) ; l’économie (ex : prospective sur l’organisation spatiale des entreprises) ; les transports (ex : prospective en matière de trafic, de fret, d’organisation des réseaux) ; les modes de vie ; l’habitat ; la ville…
Vers une modernisation de l’action publique par une démarche participative.
Le projet de territoire n’est pas un projet d’aménagement du territoire mais un projet d’une société locale par la société locale dans et sur son territoire.
La prospective territoriale sert à mobiliser les acteurs de façon collective (décideurs, administration, porteurs de projet, société civile, habitants, partenaires et opposants sur un projet de territoire). Ainsi, en participant à la réalisation collective de projets territoriaux, elle contribue à moderniser l’action publique. Sa démarche procède donc d’un brassage positif de compétences, de savoirs spécialisés et moins spécialisés, et de réflexions qui va permettre une dynamique de projet imaginative et éclairante pour la décision publique. Cette mobilisation concoure théoriquement à une meilleure compréhension de la situation des territoires, de ses enjeux, de ses moyens d’intervention et donc à élaborer des stratégies cohérentes, le tout dans un « état d’esprit collectif ».
La prospective territoriale est également un outil favorisant une attitude « pré-active » voire « pro-active » des acteurs locaux, en acquérant plus d’autonomie et de prise en charge dans leurs façons de mener politiques et projets (et rompre ainsi avec un certain assistanat de l’Etat).
De même, en prenant en compte la participation et l’implication de différentes catégories d’ acteurs et d’habitants,la prospective permet l’exercice de la démocratie participative par la « société locale ». Ceci évite, entre autre, dans l’action et la prise de décision, de ne se baser que sur les volontés des responsables politiques.
Cependant, cette dimension participative de l’action publique, se heurte souvent aux difficultés de sa mise en œuvre sur de grands territoires. Elle s’avère ainsi difficile à appliquer sur des échelles nationales.
Les démarches territoriales peuvent être multiples, à condition de conjuguer les deux dimensions essentielles de la prospective territoriale :
cognitive : les études et les connaissances, locales, internes et externes, indispensables pour mieux comprendre les phénomènes, comparer et situer les territoires ;
participative : débattre le plus en amont possible, introduire de la créativité qui donne envie de réfléchir au futur, rechercher la confrontation des points de vue.
L’organisation et la conduite d’une telle démarche doivent faire face à la difficulté de combiner ces deux dimensions : mobiliser les acteurs, la société civile, les experts, des consultants en prospective… pour construire, à la fois, les connaissances et le dispositif de participation
La gouvernance : débouchée de la prospective
Qu’est que la gouvernance ?
« La gouvernance est un système de gouvernement qui articule et associe des institutions publiques, des acteurs sociaux et des organisations privées, dans des processus d’élaboration et de mise en œuvre de choix collectifs, capable de provoquer une adhésion active des citoyens. »
François Ascher
Cette définition fait remarqué les similitudes de systèmes entre la prospective et la gouvernance. Or cette dernière apparaît être la traduction du processus de prospective sur le territoire.
On peut alors parler de la « gouvernance territoriale» (ou le gouvernement de l’action) qui est l’art de piloter ce processus, politiquement et techniquement. Elle répond alors à la demande d’une démarche territoriale conjuguant l’approche cognitive et participative de la prospective.
La prospective apparaît alors comme le simple outil d’une gouvernance territoriale or on remarque souvent que ce processus prospectif participatif a permis de développer une nouvelle forme de gouvernance territoriale basée sur une démocratie participative.
Cette démocratie participative prend tout son sens dans le fait d'articuler prospective territoriale et gouvernance : la première peut participer à la création et au renforcement de la seconde.
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Extrait du rapport “La prospective territoriale”, réalisé par Mathieu Deperrois, Alice Mousi, Alexandra Parisi et Solveig Uhlrich - Décembre 2004
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La prospective territoriale
09/01/08
Le terme de prospective a été “inventé” par Gaston Berger
Il s’agit d’un outil de réflexion qui participe à la construction de stratégies territoriales basé sur un raisonnement à long terme ;
« c’est une aide à la planification spatiale ».